Cancer du sein : guide complet

Le cancer du sein (CIM-11 2C60) est le cancer féminin le plus fréquent en France : environ 60 000 nouveaux cas par an, soit 33 % de l'ensemble des cancers féminins. Avec les progrès thérapeutiques, la survie à 5 ans dépasse 90 % pour les formes localisées.

> Ce guide s'appuie sur le Plan Cancer 2021-2030, les recommandations HAS-INCa 2022 et les guidelines ESMO 2023 pour le cancer du sein précoce et métastatique.

Types histologiques principaux

  • Carcinome canalaire infiltrant : 75-80 % des cas.
  • Carcinome lobulaire infiltrant : 10-15 %.
  • Carcinome canalaire in situ (CCIS) : non invasif, de bon pronostic.
  • Carcinome lobulaire in situ (CLIS) : facteur de risque, non traité comme cancer invasif.

Récepteurs hormonaux et HER2

  • RE+/RP+ (70 %) : hormonosensible, hormonothérapie efficace.
  • HER2+ (15-20 %) : thérapies ciblées anti-HER2 (trastuzumab, pertuzumab).
  • Triple négatif (15-20 %) : plus agressif, chimiothérapie + immunothérapie (pembrolizumab PD-L1+).

Dépistage organisé

Programme national de dépistage organisé : mammographie bilatérale tous les 2 ans pour les femmes de 50 à 74 ans, prise en charge 100 % par l'Assurance maladie, double lecture systématique. Dépistage personnalisé (hors programme) :
  • Femmes à risque élevé (BRCA1/2) ou très élevé : suivi spécialisé, IRM annuelle.
  • Femmes irradiées médiastinales : protocole spécifique.

Bilan initial

  • Mammographie + échographie mammaire ± biopsie percutanée (micro- ou macrobiopsie).
  • Bilan biologique : NFS, bilan hépatique, marqueurs tumoraux (CA 15-3).
  • Bilan d'extension : TDM TAP + scintigraphie osseuse (stades II-III), TEP-scan si indication.
  • Récepteurs hormonaux + HER2 + Ki67 : indispensables pour orienter le traitement.

Traitement du cancer du sein localisé

Chirurgie

  • Tumorectomie (conservation) : possible si tumeur < 3 cm bien délimitée, marges saines.
  • Mastectomie totale ± reconstruction immédiate.
  • Ganglion sentinelle : remplace le curage axillaire systématique si ganglion sentinelle négatif.
  • Curage axillaire si ganglion sentinelle positif ou N+ clinique.

Radiothérapie

  • Après tumorectomie : irradiation du sein conservé systématique.
  • Après mastectomie : si T3/T4 ou N+ ≥ 4 ganglions.
  • Hypofractionation (15-16 fractions) : standard 2022 pour les formes localisées (réduction durée traitement).

Chimiothérapie

  • Néoadjuvante (avant chirurgie) : si tumeur > 2 cm, HER2+, triple négatif, RE-/RP-.
  • Adjuvante (après chirurgie) : anthracyclines + taxanes ± capécitabine si résidu après néoadjuvant.

Hormonothérapie

  • RE+ : tamoxifène (pré-ménopause, 5-10 ans) ou anti-aromatases (létrozole, anastrozole, exémestane) en post-ménopause.
  • CDK4/6 inhibiteurs (abémaciclib, ribociclib) : adjuvants en cas de risque élevé.

Thérapies ciblées anti-HER2

  • Trastuzumab (Herceptin) : standard HER2+ pendant 12 mois.
  • Pertuzumab (Perjeta) + trastuzumab en néoadjuvant.
  • T-DM1 (Kadcyla) : si résidu histologique après néoadjuvant HER2+.
  • Lapatinib, tucatinib, trastuzumab-déruxtécan : options métastatiques.

Cancer du sein métastatique

Traitement à visée palliative prolongeant la survie et contrôlant les symptômes :

  • RE+ : hormonothérapie ± CDK4/6 inhibiteur (schéma MONARCH / MONALEESA).
  • HER2+ : trastuzumab + taxane ± pertuzumab.
  • Triple négatif : chimiothérapie ± immunothérapie (pembrolizumab si CPS ≥ 10).
  • BRCA1/2 muté : olaparib (PARP inhibiteur).

Risque génétique : BRCA1/2

Indication de consultation oncogénétique :
  • Cancer du sein < 36 ans.
  • Cancer bilatéral ou controlatéral.
  • Cancer du sein chez un homme.
  • Antécédents familiaux multiples (sein + ovaire).

Mutation BRCA1/2 : risque cumulé de cancer du sein jusqu'à 80 %. Surveillance renforcée ou chirurgie prophylactique discutée en RCP.

Reconstruction mammaire

Après mastectomie :

  • Prothèse implant : reconstruction en 1 ou 2 temps.
  • Lambeau de grand dorsal, TRAM ou DIEP (tissu abdominal) : reconstruction autologue.
  • Reconstruction différée : parfois préférable après radiothérapie.

Effets secondaires et suivi

  • Hormonothérapie : bouffées de chaleur, douleurs articulaires, ostéoporose (densitométrie annuelle, biphosphonates si T-score < -2).
  • Chimiothérapie : nausées (antiémétiques), alopécie (scalp cooling), neurotoxicité.
  • Lymphœdème : si curage axillaire — kinésithérapie drainante, compression.
Suivi post-traitement : mammographie annuelle, examen clinique bi-annuel 5 ans, puis annuel. Bilan biologique ciblé selon symptômes (pas de marqueurs CA 15-3 en routine selon INCa 2022).

Et la nutrition au cœur ?

La diététicienne-nutritionniste est utile tout au long du parcours :

  • Lutte contre la dénutrition pendant chimiothérapie (soutien énergétique, gestion des nausées).
  • Gestion du poids sous hormonothérapie (risque de prise de poids, sédentarité).
  • Prévention de l'ostéoporose : calcium (1 200 mg/j), vitamine D (objectif 30-50 ng/mL).
  • Sécurité alimentaire pendant neutropénie : régime sans germe adapté.
  • Après cancer : alimentation méditerranéenne, limitation alcool (facteur de risque reconnu RE+), activité physique adaptée.

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