Trouble bipolaire : guide complet

Le trouble bipolaire (CIM-11 6A60) est une maladie chronique touchant 1 à 2 % de la population mondiale. Caractérisé par l'alternance d'épisodes thymiques extrêmes (manie/hypomanie et dépression), il entraîne un retentissement fonctionnel majeur. Le délai moyen entre premiers symptômes et diagnostic est de 8 à 10 ans.

> Ce guide s'appuie sur les Recommandations HAS 2015, le Parcours de soins HAS 2023 en psychiatrie, et les guidelines BAP (British Association for Psychopharmacology) 2023.

Types de trouble bipolaire

Trouble bipolaire de type I (TB-I)

  • ≥ 1 épisode maniaque (durée ≥ 7 jours ou hospitalisation).
  • Épisodes dépressifs fréquents (pas obligatoires pour le diagnostic).

Trouble bipolaire de type II (TB-II)

  • ≥ 1 épisode hypomaniaque (durée ≥ 4 jours, sans altération majeure du fonctionnement).
  • ≥ 1 épisode dépressif majeur.
  • Pas d'épisode maniaque (distingue du TB-I).

Cyclothymie

  • Fluctuations thymiques chroniques (≥ 2 ans) sans critères pleins de manie ou dépression.

Reconnaître un épisode maniaque

Critères DSM-5 (≥ 3 des suivants, durée ≥ 7 jours) :

  • Humeur expansive, euphoriqueou irritable.
  • Grandiosité, sentiment de toute-puissance.
  • Réduction du besoin de sommeil (< 3h sans fatigue).
  • Logorrhée, fuite des idées, pensée accélérée.
  • Distractibilité, impulsivité.
  • Augmentation des activités (travail, socialisation, sexualité).
  • Comportements à risque : dépenses inconsidérées, hypersexualité, jeux, alcool.

Sévérité

  • Légère : fonctionnement préservé (hypomanie).
  • Sévère : hospitalisation souvent requise. Symptômes psychotiques possibles (idées de grandeur délirantes, hallucinations).

Reconnaître un épisode dépressif bipolaire

Mêmes critères que la dépression unipolaire, mais avec caractéristiques spécifiques :

  • Hypersomnie (vs insomnie).
  • Hyperphagie (vs anorexie).
  • Ralentissement psychomoteur marqué.
  • Irritabilité.
  • Idées suicidaires fréquentes (risque suicidaire × 20 vs population générale).

Traitement de fond (thymorégulateurs)

Lithium (carbonate de lithium)

Gold standard depuis 60 ans :
  • Efficace sur la prévention des épisodes maniaques ET dépressifs.
  • Effet anti-suicidaire démontré.
  • Monitoring sanguin indispensable : lithiémie (cible 0,6-0,8 mEq/L), créatinine, TSH.
  • Marge thérapeutique étroite : surdosage = tremblements, vomissements, confusion (urgence).
  • Contre-indiqué grossesse 1er trimestre (anomalie de Ebstein — risque faible mais réel).

Valproate (Dépakote)

  • Efficace sur les phases maniaques.
  • CONTRE-INDIQUÉ chez la femme en âge de procréer (tératogénicité, troubles neuro-développementaux).
  • Hépatotoxicité : bilan hépatique avant et pendant traitement.

Lamotrigine

  • Efficace sur la prévention des épisodes dépressifs (pas maniaques).
  • Risque cutané (syndrome de Stevens-Johnson) si escalade trop rapide.
  • Compatible grossesse (à discuter selon rapport bénéfice/risque).

Antipsychotiques atypiques

  • Olanzapine, quétiapine, aripiprazole, rispéridone : traitement des épisodes aigus (manie) et prévention.
  • Quétiapine (Seroquel) : efficace en dépression bipolaire.
  • Cariprazine (Reagila) : indication dépression bipolaire depuis 2023.

Traitement des épisodes aigus

Episode maniaque

  • Hospitalisation si sévère ou symptômes psychotiques.
  • Antipsychotique (olanzapine, rispéridone) ± lithium/valproate.
  • Sédation si agitation : benzodiazépine courte durée.

Episode dépressif bipolaire

  • Attention : les antidépresseurs seuls (ISRS) peuvent déclencher un épisode maniaque (virage).
  • Associations validées : quétiapine, lamotrigine, olanzapine+fluoxétine.
  • ECT si résistance ou urgence suicidaire.

Psychoéducation

Intervention centrale pour le trouble bipolaire :
  • Comprendre la maladie, reconnaître les prodromes (signes précurseurs).
  • Régulariser les rythmes (sommeil, repas, activité).
  • Éviter les facteurs déclenchants (alcool, drogues, privation de sommeil, stress).
  • Programmes structurés (IPSRT, Barcelona program) : réduisent les rechutes de 30-40 %.

Et la nutrition au cœur ?

  • Lithium et hydratation : le lithium est sensible à la teneur en sel et à l'hydratation. Variation brusque de l'apport sodé (régime sans sel strict) peut faire monter la lithiémie à des niveaux toxiques. Conseils hydriques explicites.
  • Prise de poids sous lithium, olanzapine, valproate : fréquente. Suivi pondéral, conseils alimentaires préventifs (régime méditerranéen), activité physique.
  • Omga-3 (EPA) : données préliminaires en adjuvant sur les épisodes dépressifs — non recommandé en substitut des thymorégulateurs.

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