Le diabète de type 1 (DT1) est une maladie auto-immune dans laquelle le système immunitaire détruit les cellules bêta du pancréas, responsables de la production d'insuline. En France, environ 30 000 enfants et adolescents vivent avec un DT1. L'incidence augmente régulièrement, en particulier chez les moins de 5 ans. C'est une maladie chronique qui nécessite un traitement à vie, mais qui, bien gérée, permet une vie tout à fait normale.
Qu'est-ce que le diabète de type 1 ?
Sans insuline, le glucose ne peut pas entrer dans les cellules pour être utilisé comme énergie. Il s'accumule dans le sang (hyperglycémie), tandis que l'organisme puise dans les graisses comme carburant de secours, produisant des corps cétoniques. L'accumulation de corps cétoniques conduit à l'acidocétose diabétique, urgence médicale mettant en jeu le pronostic vital si non traitée rapidement.
Le DT1 n'a aucun lien avec une alimentation trop sucrée ou un manque d'activité physique — c'est une maladie auto-immune, pas un mode de vie.
Repérage : reconnaître les signes d'appel
Le repérage précoce est vital. Les signes classiques du DT1 apparaissent souvent sur quelques semaines :
- Polyurie — urines très fréquentes et abondantes, énurésie nocturne réapparue chez un enfant propre
- Polydipsie — soif intense et persistante, consommation excessive de boissons
- Polyphagie avec amaigrissement — faim importante malgré une prise alimentaire normale ou augmentée, perte de poids
- Fatigue intense, irritabilité, difficultés de concentration
- Troubles visuels — flou visuel transitoire lié à l'hyperglycémie
Repérage précoce à rechercher : douleurs abdominales, nausées, vomissements et dyspnée de Kussmaul (respiration rapide et profonde) sont des signes d'acidocétose — c'est une urgence. L'appel au SAMU (15) ou le transport aux urgences ne doit pas être différé.
La glycémie capillaire (> 2 g/L ou 11,1 mmol/L) et la glycosurie/cétonurie confirment le repérage.
Les traitements disponibles
L'insulinothérapie est le seul traitement du DT1.
Deux modalités principales :
- Schéma basal-bolus : injections d'insuline lente (1 ou 2 fois/jour) associées à des injections d'insuline rapide avant chaque repas. Plusieurs types d'insulines analogues sont disponibles (glargine, détémir, dégludec pour les basales ; asparte, lispro, glulisine pour les rapides).
- Pompe à insuline sous-cutanée (CSII — Continuous Subcutaneous Insulin Infusion) : perfusion continue d'insuline rapide via un cathéter, avec des bolus manuels ou automatisés. Recommandée chez le jeune enfant et en cas d'objectif glycémique difficile à atteindre. Les systèmes en boucle fermée hybride (artificial pancreas) combinent capteur de glucose et pompe avec algorithme de calcul automatique.
Capteurs de glucose en continu (CGM) : Freestyle Libre, Dexterity, Enlite, Guardian — remboursés en France pour tous les enfants DT1. Ils permettent une observation glycémique en temps réel (valeur toutes les 1 à 5 minutes), avec alertes de repérage précoce en cas d'hypoglycémie ou d'hyperglycémie.
L'objectif glycémique est exprimé par le temps dans la cible glycémique (TIR — Time In Range, 70-180 mg/dL) : > 70 % est l'objectif recommandé par les guidelines ISPAD 2022.
L'hémoglobine glyquée (HbA1c) reste un marqueur de suivi trimestriel ; l'objectif est < 7 % (ou < 53 mmol/mol) chez l'enfant sans hypoglycémies sévères fréquentes.
Et la nutrition au cœur ?
L'alimentation dans le DT1 n'est pas un régime restrictif — c'est une gestion éclairée des glucides pour permettre des doses d'insuline adaptées et une glycémie stable.
Le comptage des glucides : la compétence clé
Chaque repas contient une quantité variable de glucides, qui influence directement la glycémie post-prandiale. Apprendre à estimer les glucides de chaque repas (en grammes) permet de calculer le bolus d'insuline approprié, selon le ratio insuline/glucides individuel établi avec l'équipe soignante.
Aucun aliment n'est formellement interdit, mais la qualité des glucides compte :
- Préférer les glucides complexes à index glycémique bas : légumineuses, céréales complètes, légumes — ils induisent des variations glycémiques plus progressives et prévisibles
- Limiter les sucres rapides isolés (sodas, bonbons, pâtisseries) sauf en cas d'hypoglycémie, où ils sont justement utilisés comme traitement de resucrage
- Les fibres alimentaires (légumes, fruits entiers, légumineuses) ralentissent l'absorption des glucides et améliorent le TIR
Apports en micronutriments à surveiller :
- Vitamine D — fréquemment déficitaire dans la population DT1, associée à une inflammation auto-immune accrue. Supplémentation recommandée si déficit.
- Magnésium — les hyperglycémies chroniques favorisent l'élimination urinaire du magnésium. Apports réguliers via les légumineuses, céréales complètes, noix.
- Fer — un déficit peut fausser la lecture de l'HbA1c et doit être dépisté.
L'activité physique : bénéfique et recommandée, mais elle nécessite une adaptation de l'insuline et/ou une collation avant et pendant l'effort. L'équipe soignante et la diététicienne accompagnent l'enfant et la famille pour développer ces stratégies pratiques.
Un suivi diététique régulier au sein de l'équipe diabétologique pédiatrique permet d'affiner les ratios insuline/glucides, de gérer les situations particulières (anniversaires, repas de fête, voyages, sport) et d'assurer un équilibre alimentaire global optimal.