La maladie cœliaque est une maladie auto-immune chronique de l'intestin grêle, déclenchée par l'ingestion de gluten chez des personnes génétiquement prédisposées. Elle touche environ 1 % de la population mondiale, mais on estime que 70 à 80 % des cas ne sont pas encore identifiés. Un repérage précoce est essentiel pour éviter les complications à long terme.

Qu'est-ce que la maladie cœliaque ?

Chez les personnes atteintes, l'ingestion de gluten (protéine présente dans le blé, l'orge et le seigle) déclenche une réaction immunitaire anormale qui détruit progressivement les villosités intestinales. Ces villosités sont essentielles à l'absorption des nutriments : leur atrophie entraîne une malabsorption qui peut toucher de nombreux nutriments (fer, calcium, vitamines B12 et D, folates, zinc).

La maladie cœliaque est distincte :

  • De l'allergie au blé (réaction IgE-médiée, immédiate, peut impliquer d'autres protéines du blé)
  • De la sensibilité non-cœliaque au gluten (symptômes digestifs liés au gluten mais sans autoanticorps ni atrophie villositaire)

Facteurs de risque génétiques : 95 % des patients portent les haplotypes HLA-DQ2 ou HLA-DQ8. Ces marqueurs sont nécessaires mais non suffisants à eux seuls.

Repérage et confirmation

La présentation clinique est très variable — c'est ce qui explique le retard au repérage.

Formes classiques (surtout chez l'enfant) :

  • Diarrhée chronique, selles grasses (stéatorrhée)
  • Distension abdominale, douleurs abdominales
  • Retard de croissance staturo-pondérale, retard pubertaire
  • Irritabilité, fatigue chronique

Formes silencieuses ou atypiques (fréquentes chez l'adulte) :

  • Anémie ferriprive résistante aux suppléments oraux
  • Ostéoporose précoce, douleurs osseuses
  • Infertilité, fausses couches répétées
  • Dermatite herpétiforme (lésions cutanées prurigineuses)
  • Troubles neurologiques (ataxie, neuropathie périphérique)

Démarche diagnostique :

  1. Sérologie : anticorps anti-transglutaminase tissulaire IgA (anti-tTG IgA) + dosage des IgA totales (pour éliminer un déficit en IgA)
  2. En cas de sérologie positive : biopsies duodénales (gastroscopie) pour confirmer l'atrophie villositaire (classification de Marsh)
  3. Chez l'enfant < 2 ans avec symptômes typiques et anti-tTG très élevés (>10x la normale) : les nouvelles recommandations ESPGHAN 2020 permettent d'éviter la biopsie si certaines conditions sont réunies

Important : le repérage doit être réalisé sous régime contenant du gluten. Un régime sans gluten démarré avant les examens fausse les résultats.

Le traitement : le régime sans gluten strict et à vie

Il n'existe actuellement aucun traitement médicamenteux pour la maladie cœliaque. Le seul traitement efficace est l'éviction totale et définitive du gluten : blé (y compris épeautre, kamut), seigle, orge.

L'avoine est tolérée par la majorité des patients cœliaques, mais risque de contamination croisée lors de la fabrication — l'avoine certifiée sans gluten est préférable.

Ce que le régime implique concrètement :

  • Lecture systématique des étiquettes (mention "sans gluten" = < 20 ppm de gluten selon la réglementation européenne)
  • Vigilance aux contaminations croisées (ustensiles partagés, huile de friture, mie de pain dans un beurre commun)
  • Communication avec l'entourage, l'école (PAI) et les restaurants
  • Substitution par des céréales naturellement sans gluten : riz, maïs, quinoa, sarrasin, millet, amarante, teff, sorgho, pomme de terre

Et la nutrition au cœur ?

La maladie cœliaque est par excellence une maladie où l'accompagnement diététique est central — il constitue la totalité du traitement.

Carences nutritionnelles à corriger en priorité :

  • Fer — déficit très fréquent au moment du repérage. Dosage de la ferritine et de l'hémoglobine systématique ; supplémentation si nécessaire, contrôle de la correction à 6 mois sous régime
  • Calcium et vitamine D — l'atrophie villositaire réduit l'absorption du calcium, exposant à l'ostéoporose. Une densitométrie osseuse peut être proposée chez l'adulte avec retard au repérage. Apports en produits laitiers ou alternatives végétales enrichies, supplémentation en vitamine D si déficit
  • Folates (vitamine B9) — déficit fréquent, particulièrement préoccupant chez les femmes en âge de procréer. Légumes verts, légumineuses, supplémentation si nécessaire
  • Zinc — déficit documenté à la phase initiale, corrigé progressivement sous régime strict

Pièges nutritionnels du régime sans gluten :

Les produits industriels sans gluten (pains, pâtes, biscuits) sont souvent plus riches en sucres ajoutés, en graisses saturées et en sel, et plus pauvres en fibres que leurs équivalents avec gluten. Ils ne doivent pas constituer la base du régime. La priorité est donnée aux aliments naturellement sans gluten : légumineuses, riz complet, quinoa, pommes de terre, légumes et fruits frais, viandes, poissons, oeufs.

Un suivi diététique régulier (au moins annuel) est recommandé pour vérifier l'observance du régime (via la sérologie), identifier les carences résiduelles, et assurer la qualité nutritionnelle globale du régime.