L'ostéoporose est une maladie silencieuse qui fragilise les os en réduisant leur densité et leur qualité. Elle est souvent découverte après une première fracture — du poignet, de la hanche ou d'une vertèbre — parfois provoquée par un choc mineur. En France, on estime que 3,5 millions de femmes et 500 000 hommes sont concernés.
Comment le squelette se fragilise-t-il ?
Le tissu osseux est vivant : il se renouvelle en permanence grâce à deux types de cellules — les ostéoblastes (qui construisent l'os) et les ostéoclastes (qui le détruisent). L'ostéoporose survient quand la destruction l'emporte sur la construction, ce qui fragilise la structure interne de l'os.
Ce déséquilibre est accéléré par la chute des œstrogènes à la ménopause, d'où la forte prévalence chez les femmes après 50 ans. Mais d'autres facteurs entrent en jeu : corticothérapie prolongée, tabac, alcool, sédentarité, carence en calcium et en vitamine D, antécédents familiaux.
Le repérage : densitométrie DEXA et score T
L'examen de référence est la densitométrie osseuse par absorptiométrie biphotonique (DEXA). Il mesure la densité minérale osseuse (DMO) en deux sites clés : la hanche et la colonne lombaire.
Le résultat est exprimé en score T :
- Score T ≥ −1 : normal
- Score T entre −1 et −2,5 : ostéopénie (os fragilisé, mais pas encore ostéoporose)
- Score T ≤ −2,5 : ostéoporose
- Score T ≤ −2,5 avec fracture déjà survenue : ostéoporose sévère
La DEXA n'est pas douloureuse et dure environ 10 minutes. Elle est remboursée à 70 % par l'Assurance maladie pour les femmes ménopausées ayant au moins un facteur de risque, et pour les personnes sous corticoïdes au long cours.
Le score FRAX : estimer le risque de fracture sur 10 ans
Le FRAX est un outil de calcul international qui intègre le score T, l'âge, le sexe, l'indice de masse corporelle (IMC) et plusieurs facteurs de risque cliniques pour estimer la probabilité de fracture majeure à 10 ans. Il aide le médecin à décider si un traitement médicamenteux est nécessaire.
Les traitements disponibles
Biphosphonates (alendronate, risédronate, zolédronate)
Ce sont les médicaments de première intention. Ils freinent l'activité des ostéoclastes et réduisent le risque de fracture de 40 à 50 %. L'alendronate se prend en comprimé hebdomadaire, à jeun, avec un grand verre d'eau et en restant debout 30 minutes après. La zolédronate (Aclasta®) s'administre en perfusion annuelle.
Dénosumab (Prolia®)
Injection sous-cutanée tous les 6 mois. Efficace chez les patients intolérants aux biphosphonates. Attention : l'arrêt doit être suivi d'un relais par biphosphonate pour éviter un rebond de perte osseuse.
Romosozumab (Evenity®)
Réservé aux cas sévères (fracture vertébrale récente). Traitement anabolisant (favorise la formation osseuse), prescrit en injection mensuelle pendant 12 mois, puis relayé par un anti-résorptif.
Et la nutrition au cœur ?
L'alimentation est un pilier non négociable du traitement et de la prévention de l'ostéoporose.
Calcium : l'apport journalier recommandé est de 1 000 à 1 200 mg/j chez l'adulte à risque. Priorité aux sources alimentaires :
- Produits laitiers (yaourt, fromage, lait) : 200 à 300 mg par portion
- Sardines et maquereaux en boîte avec arêtes : excellente source souvent méconnue
- Légumes verts (brocoli, chou kale, bok choy) et légumineuses
- Eaux minérales riches en calcium (Contrex, Hépar : >300 mg/L)
Vitamine D : indispensable à l'absorption intestinale du calcium. La plupart des Français sont déficitaires en hiver. Les sources alimentaires (poissons gras, jaune d'œuf, champignons) ne suffisent généralement pas — une supplémentation de 800 à 1 000 UI/j est souvent recommandée après bilan biologique.
Protéines : un apport adéquat en protéines (1,0 à 1,2 g/kg/j) est nécessaire pour maintenir la masse musculaire et donc prévenir les chutes.
À éviter en excès : sel (favorise l'élimination rénale du calcium), alcool (toxique direct pour les ostéoblastes), tabac.
Activité physique et prévention des chutes
L'activité physique avec mise en charge (marche, randonnée, yoga, musculation légère) stimule la formation osseuse. Elle renforce aussi les muscles et l'équilibre, réduisant ainsi le risque de chute — première cause de fracture.
Des programmes de prévention des chutes (kinésithérapie, tai-chi) sont recommandés chez les personnes à risque élevé.