Anorexie mentale : comprendre, diagnostiquer et se faire accompagner
L'anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire (TCA) caractérisé par une restriction alimentaire volontaire, une peur intense de prendre du poids et une perception déformée de l'image corporelle. C'est l'un des troubles psychiatriques avec la plus haute mortalité — mais c'est aussi un trouble qui se soigne, surtout quand la prise en charge démarre tôt.
> Ce guide s'appuie sur les recommandations HAS 2010 « Anorexie mentale : prise en charge », les recommandations HAS 2022 sur l'anorexie mentale à début précoce (AMP) et les critères DSM-5.
Qu'est-ce que l'anorexie mentale ?
L'anorexie mentale est définie par trois critères diagnostiques (DSM-5 — code 307.1 / CIM-11 6B80) :
Deux sous-types :
- Type restrictif : restriction alimentaire + activité physique compulsive, sans crises.
- Type avec crises/purges : crises boulimiques suivies de comportements compensatoires (vomissements provoqués, laxatifs, diurétiques).
Signes d'alerte à connaître
Chez un proche, ces signaux justifient une consultation rapide :
- Perte de poids rapide (> 5 % en 1 mois) ou IMC qui chute sous 18,5.
- Aménorrhée (chez la femme, > 3 cycles consécutifs sans règles hors contraception).
- Restriction alimentaire qualitative (« j'évite le gras, le sucre, les féculents… ») et/ou quantitative.
- Hyperactivité physique disproportionnée par rapport aux apports.
- Pensées obsédantes autour de la nourriture, du poids, des calories.
- Retrait social, irritabilité, troubles du sommeil.
- Chez l'enfant/ado : cassure de la courbe de croissance et/ou retard pubertaire.
Comment pose-t-on le diagnostic ?
Le diagnostic est clinique. Il repose sur un entretien approfondi mené par un médecin formé aux TCA (généraliste, pédiatre, psychiatre, médecin nutritionniste). Le bilan initial recommandé par la HAS comprend :
- Examen clinique : poids, taille, IMC, signes de dénutrition (acrocyanose, lanugo, bradycardie).
- Bilan biologique : ionogramme, créatinine, NFS, bilan hépatique, glycémie, phosphorémie, magnésémie, TSH.
- ECG : recherche d'allongement du QT, bradycardie.
- Bilan nutritionnel : enquête alimentaire détaillée par un diététicien-nutritionniste.
- Évaluation psychiatrique : comorbidités (dépression, anxiété, TOC, idées suicidaires).
Prise en charge pluridisciplinaire
L'anorexie mentale ne se soigne jamais en solo. La HAS recommande un parcours de soins coordonné autour de trois piliers :
1. Soin somatique et nutritionnel
Suivi médical régulier (poids, constantes, biologie), renutrition progressive encadrée par un diététicien-nutritionniste formé aux TCA. L'objectif n'est pas un poids cible isolé mais la restauration d'une relation apaisée à l'alimentation.
2. Soin psychothérapeutique
TCC (thérapie cognitivo-comportementale) pour adultes, thérapie familiale Maudsley (FBT) pour les adolescents — c'est le standard international validé HAS 2022 pour les formes précoces.
3. Soin médical / psychiatrique
Évaluation et traitement des comorbidités (dépression, anxiété). Hospitalisation envisagée en cas de critères de gravité : IMC < 13, perte de poids > 30 % en 3 mois, bradycardie < 40, troubles ioniques sévères, idées suicidaires.
Et la nutrition au cœur du parcours ?
Le diététicien-nutritionniste formé aux TCA n'est pas un compteur de calories. Son rôle :
- Cartographier les peurs alimentaires (aliments « interdits ») et accompagner leur réintroduction progressive.
- Travailler la régularité des repas (3 repas + 2 collations).
- Restaurer les signaux de faim et de satiété souvent éteints par la restriction.
- Inclure la famille dans l'éducation thérapeutique (notamment chez l'enfant/ado).
> Sur Nami, vous pouvez trouver un diététicien-nutritionniste formé spécifiquement à la prise en charge des TCA → Trouver un soignant.
Quand consulter ?
- En urgence : IMC < 13, malaises répétés, idées suicidaires, refus total de s'alimenter → urgences hospitalières.
- Rapidement (consultation médicale sous 1–2 semaines) : signes d'alerte ci-dessus, cassure de la courbe de poids/croissance.
- Sans urgence mais à programmer : préoccupations alimentaires persistantes, restriction qualitative chronique, antécédents familiaux de TCA.
FAQ
Voir la section FAQ ci-dessous pour les questions les plus fréquentes.