ARFID : trouble de l'alimentation évitant/restrictif

L'ARFID (Avoidant/Restrictive Food Intake Disorder, ou trouble de l'alimentation évitant/restrictif en français) est une catégorie diagnostique introduite par le DSM-5 en 2013 (CIM-11 6B83). C'est un TCA distinct de l'anorexie mentale : aucune peur du poids ni distorsion de l'image corporelle. La restriction repose sur d'autres mécanismes — sensoriels, anxieux ou d'appétit.

Définition DSM-5

Trouble de l'alimentation/du comportement alimentaire qui s'accompagne d'au moins une des conséquences suivantes :

  • Perte de poids significative (ou retard de croissance chez l'enfant).
  • Carence nutritionnelle prouvée (carences vitaminiques, ferripénie, etc.).
  • Dépendance à une supplémentation nutritionnelle orale ou entérale.
  • Altération marquée du fonctionnement psychosocial (refus de manger en société, isolement).
  • Critère d'exclusion : pas de peur du poids, pas d'altération de l'image corporelle (sinon → anorexie mentale).

    Trois profils cliniques classiques

    1. Profil « sensoriel »

    Sélectivité alimentaire sévère, néophobie, refus de textures, refus de couleurs ou d'odeurs. Souvent associé à un TSA (trouble du spectre autistique) ou à une hypersensibilité sensorielle. L'enfant mange souvent 5–10 aliments seulement.

    2. Profil « peur »

    Refus alimentaire après un événement déclencheur : étouffement, fausse route, vomissement, intoxication alimentaire. Peur de manger = peur de revivre l'événement. Souvent évoluant vers une anxiété alimentaire généralisée.

    3. Profil « faible appétit »

    Peu d'intérêt pour la nourriture, satiété précoce, sensation de plénitude rapide. Souvent associé à anxiété, dépression, ou trouble du développement.

    ARFID ≠ anorexie mentale : le tableau différentiel

    ARFIDAnorexie mentale
    Peur de prendre du poidsNonOui
    Distorsion image corporelleNonOui
    Restriction motivée parSensoriel / peur / faible appétitDésir minceur, contrôle
    Crises/purgesNonPossibles
    Touche enfants ++Oui (mais aussi adultes)Adolescents/jeunes adultes ++

    Le diagnostic différentiel est essentiel : la prise en charge est très différente (l'anorexie n'est pas un ARFID compliqué — c'est un autre trouble).

    Bilan recommandé

    • Examen clinique : poids, taille, IMC, courbe de croissance, signes de dénutrition.
    • Bilan biologique orienté carences : NFS, ferritine, vitamine D, B12, folates, ionogramme, albumine, préalbumine.
    • Évaluation sensorielle (ergothérapeute, orthophoniste) si profil sensoriel.
    • Évaluation neuro-développementale : recherche TSA, TDAH (comorbidités fréquentes).
    • Évaluation psychiatrique : anxiété, dépression, antécédent traumatique.
    • Évaluation diététique : enquête alimentaire qualitative + quantitative.

    Prise en charge multidisciplinaire

    Pas de RBP HAS dédiée à ce jour. Le standard international (NICE 2017, consensus expert) repose sur une équipe pluridisciplinaire :

    Équipe coordonnée

    • Médecin référent (pédiatre, médecin nutritionniste, médecin généraliste).
    • Diététicien-nutritionniste spécialisé : guidance nutritionnelle adaptée au profil (réintroduction progressive, élargissement du répertoire, compléments si nécessaire).
    • Orthophoniste ou ergothérapeute si trouble de l'oralité, hypersensibilité.
    • Psychologue / TCC : si profil « peur », exposition graduée. Si TSA, adaptation comportementale.
    • Psychiatre si anxiété/dépression sévère.

    Stratégies validées

    • SOS Approach to Feeding (Toomey) — programme structuré pour les enfants avec sélectivité sensorielle.
    • TCC exposition graduée pour profil « peur ».
    • Travail famille : guidance parentale (pas de chantage, pas de force, pas de récompense alimentaire).
    • Compléments nutritionnels oraux (CNO) si carences ou faible volume alimentaire.
    • Nutrition entérale dans les formes très sévères avec dénutrition.

    Quand consulter ?

    • Sélectivité alimentaire sévère persistante après 2–3 ans.
    • Perte de poids ou cassure de la courbe de croissance.
    • Refus de manger en collectivité (cantine, soirée).
    • Carences biologiques.
    • Anxiété alimentaire majeure post-événement (étouffement, vomissement).

    ARFID chez l'adulte

    L'ARFID adulte existe : 30 % des cas pédiatriques persistent. Tableau souvent identique au profil sensoriel ou faible appétit. Souvent diagnostic tardif après errance médicale (« je suis difficile depuis toujours »).

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