Dépression : reconnaître les symptômes et trouver les bons soins

La dépression (épisode dépressif caractérisé, CIM-11 6A70) touche environ 3 millions de Français par an. C'est la première cause d'invalidité dans les pays à revenus élevés selon l'OMS. Maladie médicale documentée, elle bénéficie de traitements efficaces dans 60-80 % des cas.

> Ce guide s'appuie sur les Recommandations HAS 2017 — Épisode dépressif caractérisé, le Guide HAS 2023 — Parcours de soins psychiques, et les guidelines NICE NG222 (2022).

Reconnaître les symptômes

Critères DSM-5 (≥ 5 symptômes pendant ≥ 2 semaines, dont au moins 1 des deux premiers)

  • Humeur dépressive quasi permanente (tristesse, vide, désespoir).
  • Anhédonie : perte d'intérêt ou de plaisir pour les activités habituelles.
  • Perte ou gain de poids (> 5 % en 1 mois) ou modification de l'appétit.
  • Insomnie ou hypersomnie.
  • Agitation ou ralentissement psychomoteur (observable par l'entourage).
  • Fatigue, perte d'énergie.
  • Sentiment de dévalorisation ou culpabilité excessive.
  • Difficultés de concentration, indécision.
  • Pensées de mort, idées suicidaires.
  • Sévérité

    • Légère : 5-6 symptômes, fonctionnement préservé.
    • Modérée : 7-8 symptômes, fonctionnement altéré.
    • Sévère : ≥ 9 symptômes, fonctionnement très altéré, symptômes psychotiques possibles.

    Évaluation du risque suicidaire

    Systématique à chaque consultation :
    • Idées de mort, désir de mourir, idées suicidaires passives ou actives.
    • Existence d'un plan, d'un accès aux moyens.
    • Tentatives antérieures (principal facteur de risque de récidive).

    Urgence suicidaire : hospitalisation en psychiatrie, numéro national prévention suicide 3114.

    Traitement médicamenteux

    Antidépresseurs — 1re intention

    ISRS (Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine) :
    • Escitalopram, sertraline, fluoxétine, paroxétine.
    • Délai d'action : 2-4 semaines. Réévaluation à 4-6 semaines.
    • Effets secondaires initiaux : nausées, insomnie, anxiété (premiers jours).
    IRSNa (serotonin-norepinephrine) :
    • Venlafaxine, duloxétine : option si douleurs chroniques associées.

    Traitement de 2e intention

    • Mirtazapine : sédatif, utile si insomnie + anxiété.
    • Agomélatine : profil chronobiologique, peu d'effets sexuels.
    • Inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO) : très 2e ligne, interactions alimentaires.

    Durée du traitement

    • Épisode unique : 6-12 mois après rémission.
    • Récidive (≥ 2 épisodes) : 2 ans ou plus.
    • Arrêt progressif : jamais brutal (risque de syndrome de sevrage).

    Psychothérapies

    Thérapies Cognitivo-Comportementales (TCC)

    Efficacité démontrée de niveau 1 pour la dépression légère à modérée. 12-20 séances hebdomadaires. Objectif : identifier et modifier les pensées automatiques négatives.

    Thérapie Interpersonnelle (TIP)

    Centrée sur les relations interpersonnelles et les transitions de vie. 12-16 séances. Efficacité équivalente aux TCC.

    Activation comportementale

    Technique issue des TCC, centrée sur la reprise d'activités plaisantes et significatives. Efficace en 8-12 séances.

    Mindfulness (MBCT)

    Thérapie cognitive basée sur la pleine conscience. Efficace en prévention de la rechute (≥ 3 épisodes).

    Traitements de 3e ligne

    • ECT (électroconvulsivothérapie) : dépression sévère résistante aux médicaments, urgence suicidaire, dénutrition sévère. Très efficace (70-80 %), sous anesthésie générale.
    • Kétamine/ésketamine (Spravato) : AMM pour dépression résistante. Action rapide (24h). En milieu spécialisé.
    • rTMS (stimulation magnétique transcrânienne) : option ambulatoire. Remboursement en cours d'évaluation HAS.

    Hospitalisation en psychiatrie

    Indications :

    • Risque suicidaire élevé avec plan.
    • Dénutrition sévère, comorbidité somatique.
    • Dépression psychotique.
    • Résistance thérapeutique nécessitant bilan.

    Et la nutrition au cœur ?

    Lien bidirectionnel entre alimentation et dépression :

    • Dénutrition : fréquente dans la dépression sévère (perte d'appétit, anhédonie alimentaire). Bilan nutritionnel systématique.
    • Omega-3 (EPA + DHA) : données suggèrent un effet adjuvant antidépresseur — à discuter avec le médecin.
    • Microbiote et axe intestin-cerveau : émergence de données, pas encore de recommandation pratique codifiée.
    • Antidépresseurs : certains (mirtazapine, paroxétine) font prendre du poids — suivi pondéral, conseils diététiques préventifs.

    Trouver diététicienne-nutritionniste spécialisée santé mentale → Trouver un soignant.

    Ressources

    • Numéro national prévention suicide : 3114 (24h/24).
    • France Dépression : association patients-proches.
    • Psychologue via MonPsy : remboursement Assurance maladie (jusqu'à 8 séances).
    • Plateforme Nami : coordination avec psychologue, psychiatre, médecin traitant, diététicienne.