Diabète insipide : central et néphrogénique

Le diabète insipide (CIM-11 5A60) est une pathologie rare caractérisée par une polyurie hypotonique (urines abondantes et diluées) et une polydipsie (soif intense) compensatrice. Il est dû à un défaut d'ADH (hormone antidiurétique = AVP, arginine-vasopressine), produite par l'hypothalamus et libérée par l'hypophyse postérieure.

> ⚠️ Le diabète insipide n'a rien à voir avec le diabète sucré : pas d'hyperglycémie, mécanisme totalement différent.

Deux formes

Diabète insipide central (DIC)

Déficit de production / sécrétion d'ADH par l'hypothalamus / hypophyse.

Causes :

  • Idiopathique (auto-immun) — 30 %.
  • Tumoral (craniopharyngiome, germinome, métastases).
  • Post-chirurgical (hypophyse).
  • Post-traumatique, post-radiothérapie.
  • Histiocytose langerhansienne, granulomatoses.
  • Génétique (formes familiales rares — DIDMOAD/Wolfram).

Diabète insipide néphrogénique (DIN)

Résistance rénale à l'ADH — l'ADH est sécrétée mais inefficace.

Causes :

  • Génétique : AVPR2 (lié à l'X), AQP2 (autosomique).
  • Iatrogène : lithium (cause acquise la plus fréquente), amphotéricine B, déméclocycline.
  • Métabolique : hypokaliémie chronique, hypercalcémie.

Symptômes

  • Polyurie : 3-20 L/jour (versus normal 1-2 L).
  • Polydipsie : soif intense, préférence pour les boissons fraîches.
  • Nycturie : se lever plusieurs fois la nuit.
  • Risque de déshydratation + hypernatrémie si soif altérée (sujet âgé, nourrisson, comateux).
  • Forme congénitale chez l'enfant : retard staturo-pondéral, vomissements, fièvre inexpliquée.

Diagnostic

Bilan initial

  • Bilan ionique : natrémie, ionogramme, créatinine, glycémie.
  • Densité urinaire basse (< 1,005).
  • Osmolalité urinaire basse (< 300 mOsm/kg) avec osmolalité plasmatique normale ou élevée.
  • Diurèse des 24h : volume + osmolalité.

Test de restriction hydrique

Référence. Hospitalisé, surveillance stricte. On observe la capacité du rein à concentrer les urines, puis on injecte de la desmopressine pour différencier DIC et DIN.
RéponseDiagnostic
Concentration urinaire à la restrictionPolydipsie primaire (psychogène)
Pas de concentration → réponse à desmopressineDIC
Pas de concentration → pas de réponseDIN

Copeptine

Nouveau marqueur très utile (substitut de l'ADH plus stable). Aide au diagnostic différentiel.

Imagerie

IRM hypothalamo-hypophysaire systématique dans le DIC : recherche tumeur, infiltration, perte du « bright spot » de l'hypophyse postérieure.

Traitement

DIC

Desmopressine (Minirin®) : analogue stable de l'ADH. Voies : spray nasal, comprimés sublinguaux, comprimés. Adaptation des doses individuelles.

DIN

  • Retrait de la cause si possible (lithium, correction hypokaliémie).
  • Régime pauvre en sel + hydrochlorothiazide + amiloride (paradoxal : la déplétion sodée stimule la réabsorption proximale d'eau).
  • AINS (indométacine) parfois utiles.
  • Apports hydriques libres et adaptés.

Surveillance

  • Natrémie régulière.
  • Diurèse.
  • Adapter les doses : sous-dosage = polyurie persistante, sur-dosage = hyponatrémie iatrogène.

Et la nutrition / l'hydratation ?

Le diététicien-nutritionniste / médecin nutritionniste utile pour :

  • Éducation à l'hydratation : apports stables, pas d'eau excessive sous desmopressine (risque d'hyponatrémie).
  • DIN : régime pauvre en sel + en protéines (réduit la charge osmolaire urinaire).
  • Enfant : surveillance staturo-pondérale, apports hydriques fractionnés.

Grossesse

DIC pré-existant : adaptation desmopressine (résistance partielle au 3e trimestre par vasopressinase placentaire). Suivi conjoint endocrinologue + obstétricien.

Diabète insipide gestationnel : forme transitoire spécifique, par excès de vasopressinase. Régression post-partum.

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