Le terme « diabulimie » n'est pas encore officiellement reconnu dans les classifications médicales internationales, mais il désigne une réalité bien documentée et sérieuse : l'omission volontaire ou la réduction délibérée des doses d'insuline par une personne atteinte de diabète de type 1 (DT1), dans le but de perdre du poids. Ce comportement, à la croisée du trouble alimentaire et de la gestion du diabète, est à la fois sous-diagnostiqué et potentiellement très dangereux.
C'est quoi exactement la diabulimie ?
Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune dans laquelle le pancréas ne produit plus d'insuline — l'hormone qui permet aux cellules d'utiliser le glucose (sucre) présent dans le sang. Sans insuline, le glucose s'accumule dans le sang (hyperglycémie) et les cellules utilisent les graisses comme source d'énergie alternative, ce qui entraîne une perte de poids.
Certaines personnes diabétiques découvrent ce mécanisme et l'utilisent délibérément : en réduisant ou en omettant leurs injections d'insuline, elles provoquent une perte de poids rapide. C'est la diabulimie.
Ce comportement s'inscrit souvent dans un contexte de mal-être corporel intense, de pression sociale autour du poids, ou d'anxiété liée à la prise en charge du diabète lui-même. La gestion quotidienne du diabète — compter les glucides, surveiller la glycémie, se faire des injections — peut générer une relation complexe et douloureuse à la nourriture.
À quelle fréquence cela arrive-t-il ?
La diabulimie est plus fréquente qu'on ne le pense. Des études estiment qu'entre 30 et 40 % des femmes atteintes de diabète de type 1 ont eu recours à la réduction ou à l'omission d'insuline pour contrôler leur poids à un moment de leur vie. Chez les adolescentes, ce chiffre peut être encore plus élevé.
Les hommes diabétiques sont également concernés, bien que les données soient moins bien documentées pour cette population.
Malgré cette fréquence, la diabulimie reste très sous-diagnostiquée : les médecins et diabétologues ne posent pas toujours les bonnes questions, et les patients n'en parlent pas spontanément — par honte, par peur du jugement, ou parce qu'ils ne réalisent pas que c'est un comportement problématique.
Comment reconnaître la diabulimie ?
Les signes qui doivent alerter chez une personne diabétique de type 1 :
- HbA1c très élevée (l'hémoglobine glyquée, un marqueur du contrôle du diabète sur 3 mois) sans explication satisfaisante : l'équipe médicale peut noter que le diabète est « déséquilibré » sans comprendre pourquoi
- Hospitalisations répétées pour acidocétose (une complication grave du diabète liée au manque d'insuline)
- Perte de poids rapide chez une personne dont le diabète était jusqu'alors bien contrôlé
- Préoccupations intenses autour du poids et de l'alimentation
- Évitement des consultations diabétologiques ou dissimulation des glycémies
- Fatigue intense, soif extrême, mictions fréquentes (signes d'hyperglycémie chronique)
À long terme, le manque chronique d'insuline accélère les complications du diabète : rétinopathie (atteinte de la rétine des yeux), neuropathie (atteinte des nerfs), néphropathie (atteinte des reins). Ces complications peuvent survenir plusieurs années plus tôt que chez les personnes qui gèrent correctement leur diabète.
Qui prend en charge la diabulimie ?
La diabulimie nécessite une approche combinée, impliquant deux domaines de spécialité qui travaillent rarement ensemble :
- L'équipe de diabétologie : pour ajuster le traitement insulinique, surveiller les complications et aborder la question sans jugement
- Un(e) psychologue ou thérapeute formé(e) aux TCA : pour travailler sur la relation au corps, à la nourriture et à l'insuline
- Un(e) diététicien(ne) spécialisé(e) en diabète et TCA : pour reconstruire une relation saine à l'alimentation compatible avec la gestion du diabète
Malheureusement, les équipes formées à cette double problématique restent rares en France. Mais elles existent, et la FFAB (Fédération Française Anorexie Boulimie) peut aider à trouver des professionnels adaptés.