Syndrome d'alimentation nocturne (NES)
Le syndrome d'alimentation nocturne (Night Eating Syndrome, NES) a été décrit par Stunkard en 1955. Il combine des anomalies du timing alimentaire avec une dérégulation du sommeil. Souvent associé à l'obésité, à la dépression et aux régimes restrictifs antérieurs.
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Définition (critères Allison 2010)
Le NES associe au moins un des deux critères principaux :
- Hyperphagie vespérale : ≥ 25 % des apports énergétiques quotidiens après le repas du soir.
- Réveils nocturnes : ≥ 2 fois/semaine avec prise alimentaire (l'éveil est conscient — ce n'est pas du somnambulisme alimentaire).
Et au moins 3 des 5 critères associés :
Critères de durée : présent ≥ 3 mois, avec souffrance significative ou retentissement fonctionnel.
Diagnostic différentiel
| NES | Boulimie nerveuse | BED | Sleep-Related Eating Disorder (SRED) |
| Conscience pendant l'ingestion | Oui | Oui | Oui | Non (somnambulisme) |
| Crises / perte contrôle | Souvent non | Oui | Oui | Variable |
| Compensations | Non | Oui | Non | Non |
| Timing | Soir + nuit | Variable | Variable | Nuit seule |
| Réveils pour manger | Oui (réveils conscients) | Possible | Possible | Oui (inconscient) |
Le SRED (Sleep-Related Eating Disorder) est un parasomnie : la personne mange sans en avoir conscience, le matin elle ne se souvient pas → diagnostic différentiel important (orientation neurologie / médecine du sommeil).
Facteurs associés
- Obésité : 10–15 % des patients en chirurgie bariatrique ont un NES (à dépister avant la chirurgie).
- Dépression : comorbide dans 50–70 % des cas.
- Stress chronique, antécédents traumatiques.
- Régimes restrictifs sévères dans la journée (effet rebond le soir).
- Travail posté ou horaires décalés.
Bilan recommandé
- Examen clinique : poids, taille, IMC, tour de taille.
- Évaluation du sommeil : agenda du sommeil 2 semaines, recherche d'apnée du sommeil (Epworth, polysomnographie si suspicion).
- Bilan métabolique : glycémie, HbA1c, bilan lipidique, transaminases (NAFLD fréquent).
- Évaluation psychiatrique : dépression (PHQ-9), anxiété (GAD-7), idées suicidaires.
- Évaluation diététique : reconstitution chronologique des prises (matin/midi/soir/nuit).
Prise en charge
Psychothérapie
TCC spécifique du NES : restructuration cognitive autour de la croyance « il faut manger pour dormir », exposition graduée à l'inconfort du jeûne nocturne, hygiène du sommeil.Médicaments
La sertraline (ISRS) a la meilleure preuve d'efficacité dans le NES. À discuter avec un psychiatre. Les hypnotiques sont à éviter (n'agissent pas sur la cause + risque de SRED iatrogène).
Accompagnement nutritionnel
Le diététicien-nutritionniste travaille :
- Rééquilibrer le timing : restaurer un petit-déjeuner consistant pour casser le cycle « pas faim le matin → grosse faim le soir ».
- Anti-restriction : éviter les régimes hypocaloriques journée qui amplifient les prises nocturnes.
- Hygiène alimentaire du soir : repas du soir équilibré + collation préventive avant coucher si nécessaire.
- Si obésité associée : objectifs de santé (HbA1c, qualité de vie) plutôt que de poids seul.
Chronothérapie
Exposition lumineuse matinale, marche extérieure, régularisation du lever — ces approches sont étudiées et semblent prometteuses.Quand consulter ?
- Réveils nocturnes répétés pour manger.
- Honte ou détresse autour des prises du soir/nuit.
- Prise de poids inexpliquée.
- Comorbidité dépression, obésité ou apnée du sommeil.
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